This website will not display properly without JavaScript enabled. Ce site ne peut pas s'afficher correctement sans JavaScript.

Gaston Revel, « Un instituteur communiste en Algérie. L’engagement et le combat (1936-1965) »


Gaston Revel

Gaston Revel naît en 1915 dans l'Aude. Il entre à l'École normale à Carcassonne en 1933, puis intègre l'École normale de La Bouzareah à Alger en 1936-1937 pour enseigner aux musulmans.

Très tôt, il est attiré par la politique ; républicain, proche du Front populaire, il s'intéresse à la guerre d'Espagne et à l'anarchisme espagnol. Pacifiste, il analyse cependant avec lucidité les événements de l'époque et prend conscience de l'imminence d'un conflit. En 1937, il doit rentrer en France pour y faire son service militaire jusqu'en 1939, puis subit l'épreuve de la guerre dans la région de Bitche, entre la ligne Maginot et la frontière allemande.

Démobilisé à la suite de l'armistice de 1940, il est nommé dans le bled, au nord de Constantine, à Aïn Tabia : c'est de cet endroit qu'il suit et soutient la Révolution nationale lancée par le gouvernement de Vichy (p. 95); ce qui peut paraître curieux si l'on ne tient pas compte de la politique française, de la propagande et du manque d'information de l'époque.
Il découvre l'extrême misère de la population.

En décembre 1942, il est à nouveau mobilisé, cette fois dans l'armée d'Afrique ; son état d'esprit a bien changé; il est clairement devenu hostile au régime de Vichy (p. 152).

En octobre 1945 il prend un poste à Bougie dans le Constantinois où ont eu lieu de graves émeutes durement réprimées par les autorités. Gaston Revel participe aux luttes. Ses contacts avec la population musulmane renforcent ses connaissances et vont conforter ses engagements.

Il affirme (p. 197) qu'il a « trop ressenti dans le bled la lourde responsabilité du colonialisme dans cette situation intolérable d'oppression et d'exploitation pour rester les bras croisés ». Son « engagement syndical et politique devient [...] une nécessité ».

Un instituteur communiste en Algérie

Il adhère au Parti communiste algérien, le PCA, et à la CGT, et devient un militant très actif.

En avril 1948 il est candidat aux élections pour l'Assemblée algérienne.

En 1952 il participe à la mise en place des correspondants locaux d'Alger républicain, journal qui relate les faits susceptibles d'intéresser les habitants de Bougie et de la Petite Kabylie.

Le 3 mai 1953 il est élu, malgré les fraudes, au conseil municipal dans le deuxième collège électoral réservé aux musulmans, sur une liste d'Union démocratique : UDMA (Union démocratique du manifeste algérien + PCA + Progressistes) ce qui témoigne de sa grande notoriété auprès de la population de Bougie.

Bien vite cependant, des dissensions apparaissent entre les groupes de la liste d'Union démocratique. De plus, les propositions faites par les membres du PCA en faveur de la ville et de ses habitants, concernant notamment la scolarisation, sont systématiquement contrées par le maire et ses partisans.

Les dirigeants et militants du mouvement national, y compris les communistes, n'échappent pas à la répression : « Gaston Revel et ses amis qui en ont été victimes [...] se battent également pour la dénoncer (p. 375) ».

Le 1er novembre 1954, c'est le déclenchement de ce que l'on tardera à appeler la guerre d'Algérie. Le PCA est interdit en septembre 1955 et Revel est expulsé en octobre. À son retour en France, qu'il vit mal, il continue à militer et garde contact avec l'Algérie pendant toute la guerre. Il n'y retournera qu'après l'indépendance, dès octobre 1962, pour reprendre sa classe.

En mai 1963, il fait 3 semaines de prison à la suite d'une manifestation des moudjahidin, des anciens combattants et des chômeurs.

En juillet 1965, il rentre définitivement en France, non sans amertume, à la suite du coup d'État de Boumediene. Il adhère au comité pour la défense d'Ahmed Ben Bella et des autres victimes de la répression en Algérie.

Jusqu'à sa fin, le 27 janvier 2001, il gardera des liens avec ses amis algériens, lesquels enverront une lettre émouvante lors de l'annonce de son décès.

C'est avec grand intérêt que j'ai suivi l'évolution de la riche et attachante personnalité de Gaston Revel dont le parcours illustre et éclaire une période importante et complexe des rapports entre la France et l'Algérie colonisée.

Ce fut, en plus d'une leçon d'histoire politique et sociale, l'occasion d'approfondir la connaissance de l'esprit humain, de Gaston Revel et du peuple algérien, à travers l'engagement de cet instituteur conscient au plus haut point de la légitimité et de la dignité de ces populations.

La lecture en a été rendue très agréable grâce à l'analyse approfondie et à l'emploi judicieux faits par Alexis Sempé des carnets personnels, de la correspondance (notamment avec son ami hongrois János Mezei), des articles de presse et des archives politiques du PCA réunis par Gaston Revel.

Gaston Revel

La multitude de photographies faites par Gaston Revel illustrent parfaitement cet ouvrage documentaire aux entrées multiples dont je suis loin d'avoir épuisé toutes les richesses.

Claudine Splingart
Texte paru en 2013 dans Le Lien numéro 63

Carnets, correspondance, discours et photographies de Gaston Revel
Présentation et notes par Alexis Sempé
Préface de Jacques Cantier
La Louve éditions


Dernier Lien en ligne

PDF le-lien-69.pdf    (besoin de mot de passe ?)

Récents

Par thème

Par année

Newsletter


Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons
L’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons publie une revue annuelle, Le Lien, qui figure au répertoire international des périodiques. Celle-ci est diffusée aux adhérents et sympathisants en France, en Algérie et Outre-mer. Tous n’ont pas connu Max Marchand et ses compagnons, mais ils croient à la tolérance, à l’humanisme, à la fraternité, à la solidarité et à la paix. Si vous, qui venez de lire ce texte, croyez à ces valeurs, nous serions heureux de vous accueillir pour travailler ensemble, au sein de l’association.