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Cimetière du Père-Lachaise samedi 6 octobre 2018 Hommage aux victimes de l’OAS


Le lundi 5 mars dernier, sur France Inter, à 8 h 35, le ministre de l’Éducation nationale déclarait : « Je ne suis pas non plus un fanatique de la commémoration. »
Quelques jours plus tard, le 16 mars, il fait ce qu’il dit et décide de ne pas être représenté – et à travers sa fonction, le gouvernement – à la cérémonie d’hommage rendue depuis 16 ans devant la plaque commémorant l’assassinat de six fonctionnaires de l’Éducation nationale, le 15 mars 1962 à Alger, par l’OAS.

La parole et l’acte d’un ministre ayant en charge l’Enseignement des élèves de France ne sont pas anodins et incitent à se poser la question : faut-il commémorer ?
Nous sommes dans l’un des cimetières les plus célèbres et le plus visité au monde, où reposent un certain nombre de personnalités – tels Molière et Chopin – mais où s’élèvent aussi :
– Le Mur des Fédérés. Faut-il encore commémorer les 147 fusillés de la Commune de Paris le 28 mai 1871 ?
– Plusieurs monuments à la mémoire des déportés victimes des camps de concentration et d’extermination nazis. Faut-il ne pas commémorer les morts d’Auschwitz ou de Ravensbrück, sauf à se comporter comme des fanatiques de la commémoration ?
À quelques mètres d’ici, sont gravés les noms des quelques 750 Parisiens, Morts pour la France en Afrique du Nord. Devraient-ils être écartés des commémorations ?
Pourquoi serions-nous des fanatiques de la commémoration en honorant ici et maintenant la mémoire des 2700 victimes de l’OAS, que cette stèle a été la première en France à honorer : Algériens et Français, civils et militaires, élus, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République ?
Qui sont les fanatiques : les terroristes qui les ont assassinés ou celles et ceux qui viennent rendre hommage à leurs innocentes victimes ?

La commémoration comme facteur d’unité nationale

Se souvenir ensemble, c’est rappeler avec solennité le souvenir de quelqu’un ou d’un événement important.
Cum memorare, c’est entretenir la mémoire d’un événement qui appartient à l’Histoire collective, afin de la conserver.
C’est participer à la construction de l’Histoire commune aux habitants d’une région, d’un pays, de l’Europe, voire du monde si on réfère aux deux guerres mondiales avec les dates du 11 novembre pour la Première et du 8 mai pour la Seconde.
C’est rappeler sans cesse l’élément constitutif de la mémoire nationale et donc de son identité.
C’est un lieu et un moment privilégié de rencontre entre l’histoire et la mémoire.
Parce qu’elle sert d’exemple et de modèle, la commémoration engage l’État. Lorsqu’elle devient un jour férié, la nation tout entière participe, volens nolens, à ce cérémonial national.
« L’histoire est la mémoire du peuple » (Malcolm X).
« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » (Aimé Césaire).

La commémoration comme un droit

Refuser de commémorer, c’est imposer le silence à la mémoire, silence qui conduit à l’oubli. Un événement marquant de l’histoire nationale deviendrait alors une page blanche.
Qui peut s’arroger le droit de refuser à une personne ou à une association le droit au souvenir pour lutter contre l’oubli ?
Si cette démarche mémorielle s’inscrit au cœur de l’homme, qui peut lui interdire d’accomplir ce qu’il considère comme son devoir de mémoire ?
Dans la démarche commémorative, rappeler le passé c’est partager des valeurs communes et les transmettre à travers des lieux de mémoire comme il y en a des centaines dans ce cimetière ; comme celui-ci, inauguré le 6 octobre 2011 par le maire de Paris, Bertrand Delanoë.
Comme celui du 101 rue de Grenelle à la mémoire de six fonctionnaires de l’Éducation nationale « victimes de leur engagement pour les valeurs de la République et pour l’indépendance de l’Algérie dans une relation fraternelle avec la France ».
Ou à l’École nationale de police de Saint-Cyr au Mont d’Or, dédiée « aux fonctionnaires de police tombés en opération, victimes du devoir, hors du territoire métropolitain ».
« Une nation qui ne sait pas regarder son passé ne sait pas regarder son avenir » (Alain Touraine).

Les dangers de la commémoration

Mais il y a danger à commémorer sans cesse, n’importe qui et n’importe quoi, une sorte de « commémorationite » qui ferait perdre sens et portée à la commémoration.
Dans le cadre de cette dérive mémorielle, on peut assister à un brouillage des valeurs fondatrices de la République, voir même à une inversion de la signification et des valeurs portées par un moment de l’histoire.
Un véritable détournement de la commémoration se met en œuvre qui consiste à célébrer des hommes, des idées ou des événements qui ne le méritent pas, ou qui sont même condamnables.
La commémoration se transforme alors en un moment d’apologie d’une idéologie criminelle, comme celle qui a pu conduire à commettre des actes barbares, pour reprendre les termes du discours du maire de Paris le 6 octobre 2011 pour qualifier le terrorisme de l’OAS.
Le devoir de mémoire comme fidélité aveugle à un passé controversé, expose à des abus de mémoire. On y cultive le ressentiment et le besoin de revanche.

Il est de notre devoir de lutter contre l’avilissement du souvenir qui transforme les bourreaux en victimes et les victimes en coupables.
Il appartient à l’État de condamner ces dérives mémorielles et d’empêcher leur cérémonial.
Ce qui n’est pas toujours le cas, tellement il est vrai que la mémoire et l’histoire entretiennent des rapports conflictuels avec le politique.
Pour reprendre ce qu’écrivait George Orwell en 1984 : « Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé ».

Restons fidèles aux valeurs et aux idéaux que nous partageons tous ici. N’écoutons pas ceux qui font profession d’oublier ce qui les gêne.
Notre présence ici, devant cette stèle, est rappel très fort à ce qu’il faut respecter, à ce qu’il faut honorer, à ce dont il faut se souvenir toujours, à ce qu’il ne faut oublier jamais.

Jean-Philippe Ould Aoudia
Président de l'association des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons



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L’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons publie une revue annuelle, Le Lien, qui figure au répertoire international des périodiques (ISSN 2740-4633, ISSN 2740-4625). Celle-ci est diffusée aux adhérents et sympathisants en France, en Algérie et Outre-mer. Tous n’ont pas connu Max Marchand et ses compagnons, mais ils croient à la tolérance, à l’humanisme, à la fraternité, à la solidarité et à la paix. Si vous, qui venez de lire ce texte, croyez à ces valeurs, nous serions heureux de vous accueillir pour travailler ensemble, au sein de l’association.