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La trêve civile


Mon but ici n'est pas de donner la vérité sur cette journée du 22 janvier 1956 où, dans un contexte très tendu, Albert Camus vient à Alger lancer un « appel pour une trêve civile ». L'événement a été souvent raconté, selon des versions qui présentent des différences notables [1]. Mais les archives n'ont pas fini de nous fournir des précisions [2].

Mon but est de montrer que l'Appel n'est pas l'initiative d'un homme isolé, Camus, qui aurait voulu faire un coup d'éclat ; mais une tentative – assez désespérée – de « libéraux » d'Algérie devant la montée de la violence et la fermeture progressive de toute perspective d'un dialogue qui permette d'inventer une Algérie plurielle puisque, fin 1955, l'armée française radicalise ses interventions sous la pression des colonialistes et que le FLN est en train d'asseoir sa prééminence dans le camp nationaliste. Qui plus est, l'initiative de l'Appel est venue d'Alger et, surtout, elle est fondée sur des liens, voire des amitiés, très anciennes, datant des années 30.

Rappelons d'abord les faits. Le dimanche 22 janvier 1956, en fin d'après-midi, une réunion publique est organisée au Cercle du Progrès, fondé par l'association des Oulémas, sur la place du Gouvernement, en bordure de la Casbah. Initialement, la réunion devait se tenir au centre d'Alger ; mais le maire d'Alger, Jacques Chevallier, a finalement refusé de prêter une salle par crainte des troubles. Le but de la réunion est le lancement d'un « appel pour une trêve civile » par laquelle, sans parler de leurs visées politiques respectives, les belligérants s'engageraient à épargner, autant que faire se peut, les civils, de manière à préserver les chances d'une négociation ultérieure.

Un comité d'organisation a été mis en place ; il est composé de Français (Charles Poncet, Jean de Maisonseul, Louis Miquel, Roland Simounet, Évelyne et René Sintès) et de Musulmans (Amar Ouzegane, Mohamed Lebjaoui, Boualem Moussaoui, Mouloud Amrane). Averti que circulaient de fausses invitations, destinées à permettre à des fauteurs de trouble d'entrer dans la salle et d'y empêcher la tenue de la réunion, le comité a dû, à la dernière minute, faire de nouvelles invitations. La séance est présidée par l'écrivain Emmanuel Roblès, entouré par Camus et par des représentants des religions : le père Cuoq, le pasteur Capieu, le docteur Khaldi. Arriveront ensuite Ferhat Abbas – dont l'accolade chaleureuse avec Camus est très applaudie – et le cheikh El Okbi [3], amené sur une civière en raison de son état de santé.

La salle est pleine à craquer ; beaucoup de sympathisants n'ont pas pu y entrer. Dehors, sur la place du Gouvernement, un service d'ordre très discipliné, organisé par le FLN, contient la manifestation hostile. Après le discours de Camus [4], les représentants des communautés religieuses devaient prendre successivement la parole ; puis devaient venir les signatures de l'Appel. Au début, l'atmosphère est chaleureuse ; Jean Pélégri en témoigne à la mort de Camus :

dans cette salle où contre le même désespoir se coudoyaient Musulmans et Européens, c'était peut-être – moment plus éphémère que la gloire fragile du jour ! – c'était peut-être le dernier festin de l'amitié [5] ! 

Mais, très vite, la tension monte : des cris viennent de la place : « Camus au poteau », « Mendès au poteau » ; des pierres sont jetées dans les fenêtres de la salle. Camus, qui redoute que la violence ne dégénère et qu'il n'y ait des morts, demande que la réunion soit écourtée ; Djamila Debeche s'en souvient : « Je revois encore le visage pâle et soucieux de Camus lors de cette réunion, j'entends les cris de haine qui montaient de la place. » [6]

Les échos de l'événement sont rares dans la presse algéroise, très rares dans la presse métropolitaine. Avant de repartir d'Alger, Camus a rencontré un Jacques Soustelle très sceptique sur les chances qu'un tel appel soit entendu. De fait, le comité de la trêve civile met au point un projet de convention qui restera lettre morte. Deux rencontres avec Guy Mollet, l'une à Alger, l'autre à Paris, dans les semaines suivantes, n'auront pas plus de résultat. La guerre, elle, est de plus en plus violente, et ses victimes civiles nombreuses. Dans les faits, l'« appel pour une trêve civile » est un échec.

Pour autant, il n'est pas inutile de sonder l'événement, en particulier du point de vue des liens entre ses principaux instigateurs : on y apprend beaucoup sur cette nébuleuse complexe du milieu des années cinquante à Alger, et les liens qu'elle entretient avec l'Alger des années trente.

Et d'abord pourquoi et comment Camus vient-il à Alger ? En septembre 1955, il a fini par accepter de collaborer à L'Express, malgré ses nombreuses réticences par rapport à la ligne du journal. C'est, explicitement, en lien avec la situation algérienne : il espère pouvoir peser pour un retour aux affaires de Pierre Mendès France [7]. Il demande à son ami Charles Poncet de l'informer sur la situation et de lui donner ses impressions [8] ; il le lui demande comme on lance un SOS. Quelque temps auparavant, à une réunion des « Amis du Théâtre d'expression arabe », association à laquelle participent entre autres Louis Miquel et Roland Simounet, Mohamed Lebjaoui propose en substance, selon le témoignage de Miquel, de profiter des contacts entre les deux communautés au sein de leur association pour « essayer de faire quelque chose en faveur du rapprochement des Européens et des Musulmans dans ce pays ». Miquel et Simounet invitent leurs amis – dont Poncet, Maisonseul, Emery, les Sintès ; Lebjaoui et Ouzegane font de même ; et à partir d'octobre 1955, le groupe se réunit toutes les semaines à l'agence d'architecture de Simounet. Charles Poncet témoigne de leur but : faire « la démonstration publique de la possibilité non seulement de la coexistence intercommunautaire, mais que celle-ci pourrait se renforcer de liens d'amitié ». C'est lui qui propose de faire appel à Camus, qui vient tous les ans à Alger voir sa mère, pour les « aider à élargir ce que nous espérions voir devenir un vaste mouvement franco-musulman, en participant à un meeting que nous organiserions à cette occasion ». L'idée est retenue. Bien sûr, c'était plus que des « nuances » qui séparaient les uns et les autres puisque Ouzegane et Lebjaoui avaient déjà de hautes responsabilités dans le FLN, alors que la plupart des Européens envisageaient encore une solution fédérale pour l'Algérie future. Dans les années 70, lorsque les uns et les autres commenceront à raconter cet épisode, bien des débats auront lieu entre Européens et Musulmans et entre les Européens eux-mêmes sur ce qu'avaient été les buts ultimes de chacun pour s'engager dans l'affaire – voire quelles manipulations avaient alors été fomentées. Il n'empêche : sur le moment, la coopération est totale.

Poncet organise la venue de Camus à Alger. De leur échange de lettres entre octobre et décembre 1955, il ressort que Camus demande que l'événement soit reporté après les élections en France : il espère qu'elles amèneront au pouvoir Pierre Mendès France, mais c'est Guy Mollet qui sera nommé président du Conseil. Camus insiste pour que l'aspect collectif de l'initiative soit mis en avant ; et il ne cache pas ses réticences, dans sa lettre à Poncet du 7 décembre 1955 :

Je t'épargne naturellement mes scrupules quant à ladite manifestation – et mon horreur, devenue maladive, de paraître en public. De toutes manières, on ne peut déserter. Tâchez seulement de m'épargner un peu, de ce point de vue.

Camus vient donc à Alger à l'instigation de ses amis ; et s'il lance dans L'Express du 10 janvier 1956 l'idée d'une trêve civile, c'est pour faire écho en métropole à une initiative lancée à Alger par ce comité.

Depuis les violentes querelles qui ont suivi la publication de L'Homme révolté (1951), en particulier avec Les Temps modernes et Sartre, Camus est en effet sur la défensive. Des problèmes personnels et une difficulté à écrire viennent alourdir son paysage intérieur. Mais surtout, l'éclatement de la guerre en Algérie en novembre 1954 l'a plongé dans la consternation : il est de ceux qui ont vu monter l'irrémédiable dans les années 30 et, plus encore, lors des massacres dans le Constantinois en 1945. Dans ses articles pour Alger républicain (1939-40) et pour Combat (1943-1947), il a martelé que la France était en train de gâcher une à une toutes les occasions de sortir de la situation coloniale autrement que sur le mode tragique. On a dit son peu d'empressement à collaborer à L'Express. Début 1956, Camus est un homme déchiré mais impuissant, celui-là même qui commençait ainsi son texte de soutien au journal « libéral » d'Aziz Kessous, Communauté algérienne, le 1er octobre 1955 : « J'ai mal à l'Algérie, en ce moment, comme d'autres ont mal aux poumons. Et depuis le 20 août, je suis prêt à désespérer. » [9]

Pourtant, ses réticences à répondre à l'invitation de ses amis algérois tombent quand il est dans l'action. Le 18 janvier 1956, à peine arrivé à Alger, il note dans ses Carnets :

Cette angoisse que je traînais à Paris et qui concernait l'Algérie m'a quitté. Ici du moins on est dans la lutte, dure pour nous, qui avons ici l'opinion publique contre nous. Mais c'est dans la lutte que finalement j'ai toujours trouvé ma paix. L'intellectuel par fonction, et quoi qu'il en ait, et surtout s'il se mêle par l'écrit seulement des affaires publiques, vit comme un lâche. Il compense cette impuissance par une surenchère verbale. Seul le risque justifie la pensée. Et puis tout vaut mieux que cette France de la démission et de la méchanceté, ce marais où j'étouffe. Oui, je me suis levé heureux, pour la première fois depuis des mois. J'ai retrouvé l'étoile.

Cela ne l'empêche pas de noter, le 21 janvier, des « menaces pour ce soir et demain » : pendant trois jours, il a vu beaucoup de monde, assisté à plusieurs réunions qui lui ont permis de mesurer la tension et la gravité de la situation. Les témoignages concordent sur la vivacité de ses réactions quand il saisit à quel point le sentiment nationaliste s'est affermi en Algérie et dans quelle impasse se trouve déjà la minorité européenne. Il est également conscient du fait que, ne vivant pas en Algérie, il ne peut avoir une vue claire de la situation.

Il est pourtant en terrain connu avec le comité d'organisation de l'Appel, dont il connaît les membres depuis les années 30, lorsqu'il vivait encore à Alger.
La plupart en effet sont passés dans ces années-là, pour un temps plus ou moins long, par le parti communiste algérien. En septembre 1935, Camus a adhéré, en même temps qu'un certain nombre de ses amis, à ce qui était encore une « extension » du parti communiste français – et qui allait prendre son autonomie en 1936. Il a adhéré non par conviction marxiste, mais pour prolonger sa participation au mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel – et pour trouver un engagement concret (et plus radical qu'à la SFIO !) à la fois contre le fascisme et contre le colonialisme. Dans la cellule « Alger-Belcourt », il a été affecté à la propagande dans les milieux musulmans. Amar Ouzegane était secrétaire du Parti ; au moment où Camus le retrouve pour la trêve civile, il a rejoint le FLN. Pour Camus, la lutte contre le système colonial était primordiale : en 1937, il a soutenu activement le plan Blum-Viollette. Et s'il a quitté le PCA en septembre 1937, c'est que celui-ci, sur pression de Moscou, faisait désormais passer la lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière avant la lutte anticoloniale.

Ces liens politiques se doublaient d'activités culturelles communes, en particulier théâtrales. La plupart des amis européens de Camus pour la trêve civile faisaient partie de la première troupe de théâtre qu'il a fondée en 1935, en lien avec les préoccupations du PCA, le Théâtre du Travail. Les mêmes l'avaient suivi lorsque, ayant quitté le PCA, il avait fondé une autre troupe, le Théâtre de l'Équipe. Rien d'étonnant, dès lors, qu'après le départ de Camus pour la métropole, ils aient continué à s'intéresser au théâtre et qu'on les retrouve, en 1955, dans cette association des « Amis du théâtre d'expression arabe », d'où naîtra, on l'a vu, le comité pour la trêve civile.

La présence de personnalités au Cercle du Progrès le 22 janvier 1956 résulte elle aussi d'amitiés de ces années 30. Ainsi le cheikh El Okbi, qui tient à venir malgré l'âge et la maladie, était responsable du Congrès musulman et directeur du Cercle du Progrès en 1936, au moment où il a été accusé d'avoir commandité le meurtre du grand muphti d'Alger, Kahoul. Il a été soutenu par Camus, alors jeune chroniqueur judiciaire pour le journal de gauche Alger républicain [10]et il a été innocenté.

Camus et Ferhat Abbas se connaissent également depuis les années 30 par l'intermédiaire de Claude de Fréminville, qui imprimait le journal d'Abbas L'Entente franco-musulmane (1935-1942) ; leurs positions étaient assez proches à ce moment-là. Dans Combat, ensuite, Camus a pris la défense de F. Abbas violemment attaqué par France-Soir suite aux événements dans le Constantinois : le 20 mai 1945, dans un long article de Combat, il a exposé à l'opinion française le programme d'Abbas, le Manifeste du peuple algérien, en soulignant que la France ne pouvait pas ignorer les aspirations qui s'y faisaient jour ; le 23 mai, son article, « C'est la justice qui sauvera l'Algérie de la haine », a fait écho à la brochure de Ferhat Abbas, J'accuse l'Europe. Quand Abbas vient au Cercle du Progrès, il a déjà rejoint, comme Amar Ouzegane, les rangs du FLN ; il sait que Camus ne partage pas ses positions mais il tient quand même à venir.

Un autre homme est certainement dans la salle, vu le compte rendu détaillé qu'il donne de l'Appel à la une de son journal Communauté algérienne ; il s'agit de Mohamed el Aziz Kessous. Dans les années 1930, il était rédacteur en chef de L'Entente franco-musulmane du docteur Bendjelloul, journal dans lequel Camus avait publié en mai 1939 « Réflexions sur la générosité », où il critiquait la politique de la France en Algérie. Camus est resté en relation épistolaire avec lui et lui a apporté une aide concrète quand il était à Paris. D'abord proche des positions de F. Abbas, Kessous a ensuite refusé le ralliement au FLN. En 1955, il a fondé à Alger le journal Communauté algérienne qui plaide pour « que tous les Algériens construisent ensemble une Algérie nouvelle » ; à la une du premier numéro, le 1er octobre 1955, figure « Lettre à un militant algérien » (qui sera repris dans Chroniques algériennes) où Camus affirme son soutien total aux positions de Kessous [11]. Kessous n'est pas dans le premier cercle des organisateurs de l'appel pour une trêve civile mais il en est un ardent propagandiste [12].

L'appel pour une trêve civile apparaît ainsi comme une histoire d'amitié et de convictions partagées – ce qui n'empêche pas, redisons-le, les divergences profondes sur l'avenir de l'Algérie qui séparaient les divers protagonistes et qui se manifesteront au grand jour dans les années 1960, 70 et 80, quand les témoignages précis commenceront à être publiés. Tous ceux qui ont assisté à la manifestation du 22 janvier 1956 ont la certitude d'avoir vécu un moment exceptionnel, alors même que l'Appel n'a été suivi d'aucun effet. Tous ceux qui le racontent lui accordent une grande importance dans leurs mémoires et suggèrent qu'ils y ont joué à un moment ou à un autre un rôle décisif.

Il faut souligner la parenté entre l'Appel de janvier 1956 et la démarche effectuée en juillet 1957 par Germaine Tillion auprès des chefs du FLN à Alger pour obtenir d'eux l'arrêt des bombes dans Alger. Le 22 janvier 1956, Germaine Tillion était à Alger où elle préparait son livre Algérie 57 (Minuit, 1957) ; aucun témoignage ne mentionne sa présence au Cercle du Progrès, mais des proches affirment, sur la foi de son agenda et d'une brève note de sa main, qu'elle a au moins eu la ferme intention de s'y rendre.

Ce dont témoigne en tous cas l'écho de cette journée, c'est que des hommes de bonne volonté ont eu la conviction que l'on pouvait créer une Algérie nouvelle – et plurielle – et que la guerre était le pire moyen pour y arriver ; ils étaient en train d'en désespérer en 1956, mais ils ont quand même tenté de dire leur espoir. L'appel pour une trêve civile fut la manifestation – peut-être unique – de cette mouvance des libéraux dont la réémergence de part et d'autre de la Méditerranée est importante pour relire l'histoire des deux pays, même si l'on pense que leur échec historique condamne ipso facto leur projet.

Et l'on se prend à rêver quand on apprend qu'en août 2013, les « sociétaires du Nadi Ettaraki », c'est-à-dire le Cercle du Progrès d'Alger, ont dû se battre contre une nouvelle « Association des Oulémas » d'inspiration toute différente pour que la salle de la place du Gouvernement reste « un haut lieu de culture, de débats et de rayonnement » [14]. Comme si le lieu restait habité par ce qu'il a signifié un soir de janvier 1956...

Agnès Spiquel
Communication lors du colloque « Les Libéraux et la trêve civile », le 6 décembre 2013
Texte publié en 2014 dans Le Lien numéro 65


Notes :

  1. Des récits de la trêve civile apparaissent dans les ouvrages suivants (dans l'ordre chronologique de parution) : Le Meilleur Combat d'Amar Ouzegane (Julliard, 1962) ; Le Temps des léopards, second volume de La Guerre d'Algérie d'Yves Courrière (Fayard, 1969 ; rééd. Laffont, « Bouquins », 1990) ; Vérités sur la révolution algérienne de Mohamed Lebjaoui (Gallimard, 1970) ; Sur les rives du fleuve bleu d'Emmanuel Roblès (Seuil, 1990) ; Le Onzième Commandement d'André Rossfelder (Gallimard, 2000). À cela, on ajoutera les pages de Herbert R. Lottman dans sa biographie Albert Camus (Seuil, 1978) et celles d'Olivier Todd dans Camus, une vie (Gallimard, 1996), ainsi que l'article « Trêve civile » de Guy Pervillé dans le Dictionnaire Albert Camus (Laffont, « Bouquins », 2009).
  2. Un autre récit est à paraître chez Gallimard : celui de Charles Poncet, Camus ou l'impossible trêve civile [Y. Langrand, C. Phéline, A. Spiquel (éd.)].
  3. En 1936, le muphti d'Alger, Kahoul, avait été assassiné. Le cheikh El Okbi, alors responsable du Congrès musulman, avait été accusé d'avoir commandité cet assassinat ; il avait été arrêté puis relâché tout en restant inculpé ; il est jugé en juin 1939. Camus, alors jeune journaliste à Alger Républicain, donne six très longs comptes rendus d'audience dans lesquels il dénonce un procès truqué et se prononce clairement en faveur de l'accusé. Le cheikh est acquitté (voir Camus, Œuvres complètes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », tome I, sous la direction de Jacqueline Lévi-Valensi, 2006, p. 669-730 – et une minutieuse mise au point d'André Abbou sur l'affaire, p. 1380-1382).
  4. Albert Camus, « Appel pour une trêve civile en Algérie », Chroniques algériennes [1958], Œuvres complètes, tome IV, sous la direction de Raymond Gay-Crosier, 2008, p. 372-380.
  5. Jean Pélégri, Simoun, 1960, p. 49.
  6. Djamila Debeche, ibid., p. 43.
  7. Après la chute en 1955 du gouvernement Mendès France puis du gouvernement Edgar Faure, la Chambre des députés est dissoute. Les élections du 2 janvier 1956 donnent la victoire à la coalition de gauche, mais c'est Guy Mollet, et non Mendès France qui est nommé chef du gouvernement par le président René Coty.
  8. Une bonne partie de ce que j'avance et que je cite ici s'appuie sur le récit de Charles Poncet, Camus ou l'impossible trêve civile, ainsi que sur des lettres et documents du fonds Charles Poncet (Aix-en-Provence) ; tous figurent dans le livre à paraître chez Gallimard fin 2014 ou début 2015.
  9. Le 20 août 1955, des attaques menées par des indépendantistes dans le Nord-Constantinois ont été sauvagement réprimées ; on s'accorde à y voir un tournant dans la guerre d'Algérie. Ce texte de Communauté algérienne a été repris par Camus dans Chroniques algériennes sous le titre « Lettre à un militant algérien » (voir Œuvres complètes, tome IV, op. cit., p. 352-355).
  10. Voir ci-dessus et note 3.
  11. Communauté algérienne paraît d'octobre 1955 à août 1956. Notons par ailleurs que le témoignage de Kessous, « Albert Camus et l'honneur de l'homme », figure en premier parmi les hommages à Camus au lendemain de sa mort dans la revue oranaise Simoun (1960).
  12. Dans une lettre à Charles Poncet en décembre 1963 au moment où celui-ci rédige son récit de la trêve civile, Louis Miquel conseille à son ami de parler un peu du rôle qu'a joué Aziz Kessous pour la mobilisation des libéraux en vue du 22 janvier ; Poncet ne suivra pas le conseil.
  13. Germaine Tillion a raconté cette entrevue dans « Deux rencontres avec le FLN clandestin » (article du Monde, 11 mars 1964 ; repris dans À la recherche du vrai et du juste. A propos rompus avec le siècle, 2001, Le Seuil, p. 257-260. Elle vient raconter cette entrevue à Camus qui la rapporte dans ses Carnets (Œuvres complètes, tome IV, op. cité, p. 1265-1266).
  14. Voir leur déclaration dans El Watan du 12 août 2013.

Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons
L’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons publie une revue annuelle, Le Lien, qui figure au répertoire international des périodiques. Celle-ci est diffusée aux adhérents et sympathisants en France, en Algérie et Outre-mer. Tous n’ont pas connu Max Marchand et ses compagnons, mais ils croient à la tolérance, à l’humanisme, à la fraternité, à la solidarité et à la paix. Si vous, qui venez de lire ce texte, croyez à ces valeurs, nous serions heureux de vous accueillir pour travailler ensemble, au sein de l’association.